Pain de seigle aux noix du Quercy : la mie dense des fournils du Lot

Le seigle a une particularité connue des boulangers mais souvent ignorée des cuisiniers domestiques : sa farine contient peu de gluten et beaucoup de pentosanes, des hydrocolloïdes qui fixent l’eau et donnent une mie dense, presque collante au toucher. Travailler une pâte au seigle, ce n’est pas comme travailler une pâte au blé. C’est ce que j’enseigne dans mon atelier toulousain quand on aborde les pains régionaux du Sud-Ouest, et notamment ce pain de seigle aux noix du Quercy que les boulangers de Cahors fabriquaient encore à la fin du XXe siècle dans des fours à bois. La mie est serrée, le goût marqué, et il accompagne aussi bien les fromages affinés que les confitures d’hiver.

Le seigle quercynois : ce qu’on en sait

Le seigle est une céréale rustique qui pousse sur les sols pauvres et calcaires du Quercy, ce qui en fait un grain bien adapté à la région. La farine de seigle complète (T130 ou T170) garde le son et le germe, ce qui donne une couleur grise et un goût profondément céréalier. Les meunières du Lot moudent encore quelques tonnes par an pour les boulangeries traditionnelles, à environ 4 € le kilo en circuit court. À Toulouse, on en trouve à la biocoop de Saint-Cyprien ou chez quelques moulins indépendants du Lauragais. Pour un premier essai, prendre de la T130 plutôt que de la T170 : moins typée, plus facile à manier.

Ingrédients pour 1 pain de 750 g

  • 250 g de farine de seigle T130
  • 250 g de farine T80 de blé
  • 10 g de sel fin
  • 10 g de levure fraîche (ou 100 g de levain actif si vous en avez)
  • 380 g d’eau tiède
  • 80 g de cerneaux de noix du Quercy concassés grossièrement
  • 1 cuillère à soupe de farine de seigle pour saupoudrer

Difficulté : 2/5. Temps total : 4 h 30 dont 3 h 30 de pousse. Conservation : 4 jours à température ambiante, mieux qu’un pain de blé pur grâce aux pentosanes qui retiennent l’humidité.

La méthode pas à pas

  1. Mélange et autolyse (5 min + 30 min) : dans un saladier, mélanger les deux farines et le sel. Ajouter l’eau, mélanger à la spatule jusqu’à hydrater toute la farine. Couvrir, laisser reposer 30 minutes. Cette autolyse permet aux pentosanes du seigle de gonfler.
  2. Levure et incorporation des noix (5 min) : émietter la levure sur la pâte (ou ajouter le levain). Ajouter les cerneaux concassés. Mélanger 5 minutes à la spatule. La pâte au seigle ne se pétrit pas longtemps : trop travaillée, elle devient gluante et perd sa structure.
  3. Première pousse (1 h 30) : couvrir, laisser pousser à 25 °C. La pâte au seigle ne double pas comme une pâte au blé : elle prend environ 1,5 fois son volume.
  4. Façonnage (5 min) : sur un plan fariné de seigle, dégazer doucement la pâte. Bouler en serrant, déposer dans un banneton fariné de seigle ou un saladier chemisé d’un linge fariné, soudure dessus.
  5. Apprêt (1 h 30) : couvrir, laisser pousser jusqu’à ce que le pain prenne sa forme finale (sans doubler).
  6. Cuisson (40 min à 240 °C puis 220 °C) : préchauffer le four à 240 °C avec une cocotte en fonte dedans. Sortir la cocotte, retourner le pain dedans (la soudure se retrouve en haut, ce qui crée la fissure naturelle). Saupoudrer de farine de seigle. Remettre le couvercle. Enfourner 25 minutes à 240 °C. Retirer le couvercle, baisser à 220 °C, cuire encore 15 minutes pour dorer la croûte.
  7. Refroidissement (1 h minimum) : sortir du four, démouler immédiatement, laisser refroidir 1 heure complète sur grille. Couper avant ce délai donne une mie pâteuse.
Pain de seigle aux noix sur une planche en bois avec couteau et fromages

L’usage régional des noix dans la pâte

Vers Figeac, dans la haute vallée du Lot, on incorporait souvent les noix dans la pâte plutôt que de les disposer dessus. Sur ma méthode de pain au levain accessible, j’avais détaillé l’effet de la fermentation sur la mie : avec le seigle et les noix incorporés, la pâte fermente plus lentement (les noix contiennent un peu d’huile qui ralentit l’activité de la levure), ce qui donne un goût plus profond et une mie qui tranche mieux. La quantité de noix monte jusqu’à 100 g pour 500 g de farine dans certaines versions de Saint-Céré ou de Souillac. Au-delà, la pâte devient trop fragile et ne se tient plus à la cuisson. À Toulouse, je reste à 80 g pour rester sur une mie qui se tranche correctement même tiède.

Précision sur les ingrédients secs

Peser exactement les ingrédients, à 5 grammes près, parce que la farine de seigle est moins prévisible que la T55. Sur mon billet sur la crème de pistache maison, j’avais signalé l’importance d’un pesage rigoureux pour les ingrédients secs aux propriétés variables d’un lot à l’autre : le seigle se comporte de la même manière, avec une absorption d’eau qui peut varier de 10 % entre deux farines moulues à des dates différentes. Si la pâte semble trop sèche après le mélange initial, ajouter 10 à 20 g d’eau au moment de l’incorporation des noix. Si elle semble trop molle, attendre 15 minutes : les pentosanes vont absorber le surplus. C’est l’avantage du seigle, qui se rectifie facilement par le repos plus que par l’ajout de farine.

Cerneaux de noix du Quercy concassés sur une planche en bois

Servir et accompagner

Le pain de seigle aux noix se mange en tranches fines, accompagné de fromages affinés du Quercy : Rocamadour, Cabécou de Montpezat-de-Quercy, ou un Cantal vieux. Avec des huîtres et un peu de beurre demi-sel, c’est aussi un classique d’apéritif d’hiver. Je le sers parfois avec une rillette de canard du Lauragais et un verre de Cahors, pour boucler le goût régional. Conservé enveloppé dans un torchon en lin, il tient 4 jours sans rassir notablement, et se prête bien au grillage au toaster les jours suivants.